« 27 janvier 1854 » [source : BnF, Mss, NAF 16375, f. 45-46], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2419, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 27 janvier 1854, vendredi après-midi, 3 h. ½
Je n’aurai pas beaucoup profité de l’entracte des Châtiments, mon pauvre petit gascon, malgré toutes tes splendides promesses.
Je sais bien tout ce que tu vas me dire à ce sujet. Aussi je me trouve mille fois
absurde de m’en plaindre puisqu’en somme il est toujours sous-entendu, en tout temps
et en tout lieu et quelles quea
soient les circonstances, que je ne puis, que je ne dois être pour toi qu’un fardeau
et un ennui. Ceci une fois démontré, ce n’est pas moi qui aurais le droit de me
plaindre, au contraire. Il faut même que tu sois aussi bon, aussi patient et aussi
généreux que tu l’es pour ne pas m’envoyer à tous les diables ou je ne demanderais
peut-être pas mieux que d’aller. Essayez-en un peu pour voir ce que cela produira
pour
tous les deux.
En attendant, il est probable que tu es occupé de cette stupide
affaire jersiaise ; ou, ce qui serait plus agréable, à faire des dessins sur un
certain album mystérieux destiné à quelque dame anonyme. Moi, pendant ce temps-là,
je
compte les minutes, ce qui est une noble occupation, mais peu amusante, même dans
une
île. Du reste, toutes ces remarques sont oiseuses et sentent leur origine.
Taisez-vous, oie, taisez-vous, Juju, taisez-vous, mon âme, taisez-vous, mon cœur et
laissez le Toto tranquille s’occuper et s’amuser comme il lui plaît avec ceux et
celles qui le rendent heureux.
Maintenant, je te fais souvenir que tu voulais
joindre la sublime lettre du mouchard Hubert à son dossier et que tu ne m’as pas rapporté le n° 3 du journal
où elle resplendit comme un soleil. Et dire que vous existez encore après cette
foudroyante épître : il faut avouer que les tigres et les loups démagogues ont la
vie
dure. Heureusement que j’ai pour reposer mes yeux de cet affreux spectacle une lettre
de l’éthérée Céleste Féau doublée de la mère
Triger. Cela suffit du reste pour combler
le déficit énorme de mon bonheur perdu à vous attendre. Aussi, je ne me plains pas
de
mon sort, au contraire, et je trouve que j’ai du bénef à défaut du
[benêt ?]. Je t’insulte comme je peux. J’ai la joie et l’amour dans
le cœur et toutes sortes de grincements de dents qui ne demandent qu’à se manifester
en quelque chose d’hideux.
Juliette
a « quelques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage deux fois, à Plaisance-Terrace, puis au Hâvre-des-Pas.
- JanvierHugo milite pour empêcher l’exécution à Guernesey de l’assassin Tapner, en vain.
- 14 janvierHugo fait répéter Mlle Grave, qui interprètera le rôle de la Reine dans le Ruy Blas qui va être donné à Jersey. Juliette est jalouse.
- 16 janvierReprésentation de Ruy Blas à Jersey.
- 10 févrierExécution de Tapner.
- 11 févrierHugo écrit une lettre à Lord Palmerston pour protester contre l’exécution de Tapner.
- 28 aoûtHugo fait une excursion à Serk.
- Entre le 2 et le 8 octobreJuliette s’installe à Plaisance-Terrace.
- Entre le 12 et le 14 décembreJuliette déménage à la Maison du Heaume, au Hâvre-des-Pas.
